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La fondation Copernic qui se donne pour objectif de remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers, vient de publier une note intitulée, Un président ne devrait pas faire ça ! qui se donne pour objet de dresser le bilan du quinquennat de F. Hollande. Le chapitre 4. L’invasion des new public managers traite des mutations à l’œuvre dans l’administration publique depuis les années 80. Il met l’accent sur l’importation dans le public de méthodes de gestion issues du privé et sur la modification du profil de la haute fonction publique qui l’accompagne. Et c’est là que, page 55, on trouve un passage fait pour nous intéresser tout particulièrement, nous agents de la Ville de Paris…

Mais qui sont ces nouveaux directeurs généraux des administrations locales? Quelques exemples. Jean-Baptiste Nicolas, DRH de la Mairie de Paris, nommé en 2015 par Anne Hidalgo, a fait l'ENA et l'ESSEC. Inspecteur des finances, il pantoufle et devient responsable de projets chez BNP Paribas (2009-2011) puis consultant au Boston Consulting Group en 2012, avant de retourner au secteur public. Caroline Grandjean, polytechnicienne, fut nommée en 2015 directrice du logement et de l’habitat à la Ville de Paris. Elle psidait depuis 2012 le directoire de la société d’économie mixte Sogaris, une entreprise de logistique qui détient plus de 500000 m2 d'entrets. Noël Corbin, directeur des affaires culturelles, énarque, vient de Bercy, de la direction du budget. Claude Praliaud, le directeur de l’urbanisme, était, depuis juillet 2008, patron de la société d'économie mixte Sempariseine.

Tiens, tiens …Un peu plus loin (pages 56-57), on trouve les lignes suivantes :

Tous ou à peu près communient dans cette croyance promue dogme: ce sont les règles managériales du privé qui doivent organiser les services publics, lesquels sont appréhendés comme des zones de gabegie. Il s'agit donc de réduire ces coûts, ce qui passe la plupart du temps par une externalisation des tâches vers des entreprises privées ou des concessions de service public. Et, dans le périmètre maintenu des services publics, il faut «dégraisser le mammouth», comme le disait cet ancien ministre de l'Éducation, socialiste puis sarkozyste : c'est-à-dire embaucher des contractuels (ou pire des «agents temporaires» dont les contrats sont parfois plus précaires que dans le privé), ne pas remplacer nombre de départs en retraite, et contrôler plus étroitement les agents tout en intensifiant leur travail.

Recluse dans l’entre-soi des carrières politico-administratives élevées, réduite au répertoire comptable et abstrait, ses membres n’ont aucune idée des coûts sociaux que leurs décisions déterminent, aucune représentation, aucune capacité pour se la former, aucune expérience de ce qui est subit. Que leur importe ? Leurs carrières ne dépendent pas des étages des jeux inférieurs.

Tout à coup, en lisant ces lignes, on comprend mieux ce que nous vivons quotidiennement dans nos services et qui, à nos yeux, apparaît souvent comme incompréhensible et contraire à toute logique. Car toutes ces mesures que liste la note sont mises en œuvre, jusqu’au moindre détail, par la Ville de Paris et sa Maire, en bon élève appliqué et sans imagination. Et ce qui apparaît clairement, à la lecture de cette note, c’est que ces mesures qui prétendent contre toute évidence améliorer l’efficacité de notre travail et ses conditions d’exercice et qui, bien entendu, aboutissent à un effet tout à fait contraire (comment pourrait-il en être autrement?) , ne sont pas le fruit d’un manque d’informations (au mieux) ou de l’incompétence (au pire) de nos dirigeants. Elles obéissent à une logique, une logique qui nous paraît illogique parce leur logique (celle de la rentabilité, du culte du privé et du mépris du public, du moindre coût quelles qu’en soient les conséquences) s’oppose, point par point, à notre logique (celle du service public, du travail bien fait). Et, conclue la note, «cette dogmatique néolibérale a été appliquée, (…) même si les personnes physiques changent (...)» C’est pourquoi nous avons à la Ville les dirigeants que nous connaissons, parfaitement calibrés de par leur parcours professionnel et leur idéologie, pour mener la politique voulue par la Maire de Paris

Tout le chapitre en question de la note mériterait d’être cité en particulier lorsqu’il décrit la souffrance au travail générée par ces politiques destructrices. On ne peut donc que conseiller la lecture de cette note qui met en évidence les effets désastreux de cette logique, bien au-delà de la Ville de Paris et du seul service public, dans tous les domaines de notre vie (santé, éducation, logement, travail, environnement…)

Un président ne devrait pas faire ça ! Fondation COPERNIC, Syllepse, 228 pages, 8€

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