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Au premier janvier 2017 plusieurs primes ont été revalorisées. Nous avons constaté avec consternation que la prime pour les animateurs/trices des espaces lecture (BCD/EPL) a été augmenté de 10 centimes d'euros par mois et ce malgré nos revendications réitérées auprès de la DASCO.

Pour mémoire les Bibliothèques Centre de Documentation ont été créées dans le cadre du plan Paris lecture adopté par le conseil de Paris le 22 janvier 1990. Les Espaces Premiers Livres ont suivi quelques années plus tard. La prime au départ d'un montant mensuel d'environ 150 francs soit 22,87 euros, s'élève actuellement à 34,10 euros, soit une augmentation de 11,23 euros en 27 ans !!!

Outre cette revalorisation dérisoire, le montant lui-même ressemble plus à une absence de valorisation voire à une dévalorisation au regard des missions exercées.

A l'origine, la mise en place du dispositif des espaces lecture dont l'objectif est de mener les enfants vers une plus grande autonomie dans leur vie de lecteur correspondait à un plan ambitieux à plusieurs titres :

  • L'implantation au cœur des écoles parisiennes de lieux ressources centrés sur les livres à disposition des enfants et des équipes éducatives.
  • La formation et la valorisation d'animateurs/trices à travers la mise en œuvre de savoirs et de savoir-faire spécifiques.
  • La possibilité de passerelles entre les temps scolaires, péri et extra scolaires, potentiellement riches d'échanges et de partages entre des professionnels qui se côtoient parfois avec indifférence voire avec difficulté.

La mise en place de la réforme des rythmes éducatifs à la rentrée 2013 n'a pas pris en considération les possibilités offertes par les espaces lecture :

  • De nombreux animateurs/trices lecture sont devenus REV ou DPA entraînant dans l'urgence des formations par le centre Paris lecture afin de pallier « la perte de compétence » au « mieux » non anticipée, probablement même pas identifiée.
  • Pire, un certain nombre de collègues se sont vus privés de leur lieu et outils de travail les mardis et vendredis après-midi, car mis à disposition (sans aucune concertation) des associations qu'il fallait séduire et préserver avec des conditions un peu plus acceptables que les préaux partagés ou les salles de classe encombrées ! Même si actuellement cette situation a été réglée elle a témoigné d'une absence de connaissance du travail effectué dans ces lieux.

Absence de revalorisation décente de la prime, absence de prise en considération d'un dispositif qui aurait pu être un levier dans l'articulation entre scolaire, péri et extra scolaire et par déduction absence de reconnaissance du travail effectué, oui cela a de quoi mettre en colère les agents concernés.

La grande majorité des animateurs/trices en charge de ces espaces est particulièrement motivée et impliquée et effectue un travail considérable. Que ce soit en maternelle ou en élémentaire chaque semaine 9 ateliers sont proposés (5 le midi et 4 le soir) plus 2 durant les Temps d'Activités Périscolaires. Au total 11 ateliers hebdomadaires à préparer et mener pour 34,10 euros brut mensuel !

Peut-être certains pensent-ils naïvement qu'il s'agit de pousser la porte de la bibliothèque et de surveiller un groupe d'enfants absorbés comme par enchantement dans la lecture !

La situation est heureusement bien plus complexe et c'est certainement ce qui la rend à la fois attractive et motivante mais également prenante, chronophage et source permanente de questionnements et de réponses à inventer, expérimenter, construire.

Accueillir des enfants dans une bibliothèque au sein d'une école sur des temps différents et dans le cadre d'ateliers signifie la prise en considération et l'articulation de plusieurs domaines :

  • La bibliothéconomie : inventaire, équipement des documents, réparation...
  • L'accessibilité et la communication : organisation du lieu, signalétique, affichage, gestion éventuels de prêts (individuels, classes, centre de loisirs).
  • Les ateliers : élaboration d'un projet annuel, réflexion autour des démarches et contenus, préparation et menée quotidienne d'ateliers, exploitation/ mise en valeur des productions d'enfants, réalisation d'un bilan, commande de matériel.
  • La relation aux équipes : enseignant/es, animateurs/trices pour constitution de groupes, conseils, accompagnement de projets.
  • L'ouverture vers l'extérieur : recherche de partenaires et proposition de projets fédérateurs.
  • De manière transversale il est nécessaire de connaître le fonds de livres à disposition et de se tenir au courant de l'actualité littéraire dans le domaine jeunesse. De même les recherches et questionnements afin de renouveler les pratiques sont essentiels.

Les heureux élus suivent actuellement une formation initiale de 6 semaines dispensée par l'équipe du Centre Paris Lecture. Pour mener à bien toutes ces tâches les agents bénéficient annuellement de 2 semaines de décharge en septembre et de 2 en juin. Indispensables pour établir l'inventaire, réaliser l'écriture du projet et du bilan, la prise de contact et l'organisation de début d'année, elles sont loin de permettre l'accomplissement du temps de travail nécessaire au quotidien. Les ateliers ne se préparent ni 6 mois en avance ni en présence des enfants, les recherches et approfondissement nécessaires non plus. En présence des enfants on œuvre avec... les enfants !

Alors combien valent les compétences, les savoirs et savoir-faire spécifiques ? Combien vaut le temps supplémentaire nécessaire pour réaliser le cœur de l'action c'est à dire l'accompagnement des enfants dans leur devenir lecteur ? Réponse : 34,10 euros brut mensuel ! Cerise sur le gâteau : la prime est supprimée en juillet et août alors que de nombreux bécédistes et epélistes continuent d'accueillir des enfants et mènent des actions en lien avec les projets d'été.

Finalement l’accès à la langue, à la culture, à la connaissance qui sont si souvent mis en avant dans l'éducation, qui sont considérés comme des leviers essentiels pour la construction de la personne tant dans son épanouissement personnel que dans sa relation aux autres et au monde a ici un poids très relatif : celui de la bonne conscience ou de l'indifférence.

Nous sommes fonctionnaires en charge de missions de service public, convaincus du bien-fondé de nos actions et profondément impliqués auprès du public que nous accompagnons, heureusement parce qu'avec cette généreuse prime notre employeur nous semble loin d'être au rendez-vous. Très loin.

Face à ce constat peu glorieux nous continuerons de nous battre pour l'obtention d'une prime décente : 100 euros brut mensuel serait un minimum.

Cependant nous pourrions aussi avoir des projets plus ambitieux. Pourquoi ne pas imaginer un passage en catégorie B ? C'est à dire ouvrir ces postes à des agents titulaires du bac ou plus (la catégorie B correspondant à ce niveau d'études).

Au-delà d'une revalorisation indemnitaire non négligeable cela signifierait que la progression de carrière dans l'animation n'est pas liée uniquement à l'encadrement et aux tâches de gestion et d'administration. Cela signifierait que la fonction d'animation peut être reconnue et valorisée dans ses contenus même, dans ses missions éducatives nécessitant connaissances et mise en œuvre de pratiques spécifiques. Cet état de fait pourrait s'étendre aux animateurs/trices des centres ressources centraux et locaux. Alors que la perspective d'une école des métiers de la DASCO se profile, les actions menées dans ces différents cadres pourraient se révéler un levier fort utile pour étoffer les pratiques, donner du sens à la notion de transversalité si importante dans la dynamique de projet, renforcer la nécessité de coopérations et collaborations.

Afin qu'elle devienne la réalité de demain, la mise en œuvre de cette « utopie » dépend de la volonté de la Ville, forte de l'implication de ses agents, d’offrir une perspective éducative ambitieuse au service des enfants.

Nous nous trouvons aujourd'hui à un point où il s'agit de transformer en force une colère bien justifiée ! Il serait judicieux de reconnaître que l'animation est un vrai métier avec des professionnels à la hauteur des exigences d'un service de qualité.

Il est probable que le dispositif des espaces lecture soit propre à la Ville de Paris et unique. Il est certainement envié par des communes sensibles à la place du livre dans l'accompagnement éducatif et des apprentissages. Nous pourrions en être vraiment fiers si une réelle reconnaissance et valorisation étaient ENFIN envisagées sérieusement !

 

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