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Un entretien  avec Guillaume Duval, rédacteur en chef de la revue «Alternatives Économiques»

On nous annonçait un retour à l’équilibre pour la mi-2020, pourquoi tout d’un coup ce report à 2040 voire 2050 selon les scénarios ?

D’une part, c’est vrai que c’est un changement qui est étonnant, compte tenu du fait que les hypothèses n’ont pas eu de raison de changer particulièrement. On peut donc avoir des interrogations sur la signification politique de cet affichage sensiblement différent d’une année sur l’autre. Quand on regarde dans le détail les éléments qui justifient ces changements, ils sont de deux natures : d’une part un allongement de l’espérance de vie à 60 ans ; le COR fait l’hypothèse que l’espérance de vie à 60 ans en 2060 sera plus importante qu’elle ne l’était l’an dernier. C’est une variation qui est surprenante, on avait plutôt le sentiment qu’on était arrivé à un palier côté espérance de vie, et on avait plutôt la crainte qu’elle ne s’inverse. Le COR, au contraire, considère bizarrement que la tendance devrait s’accélérer. L’autre élément qui change et qui est important, c’est un niveau d’immigration qui est sensiblement inférieur. L’an dernier, il partait d’un solde moyen de 100 000 migrants chaque année, et là ils sont redescendus à 70 000. Pour les retraites, moins de migrants c’est un facteur embêtant. Ils ont aussi une hypothèse centrale sur des gains de productivité plus faibles, ce qui semble plus raisonnable. Mais il n’y a aucune accélération des dépenses de recettes. Le déficit projeté n’est lié à aucune explosion des dépenses du système de retraite, mais uniquement à une volonté de faire baisser les ressources du système de retraite de 13,8 % à 12,7 % du PIB.

Qui décide de cet objectif à la baisse ?

C’est le COR qui fixe cet objectif, dans un cadrage qui lui est donné par le gouvernement là-dessus. Si on fait l’hypothèse qu’il n’y a aucune raison d’abaisser les ressources du système de retraites, et donc de baisser les cotisations dans le futur, il n’y a aucun problème d’équilibre des retraites dans le futur.

Quelle corrélation faites-vous avec les promesses d’Emmanuel Macron de ne pas toucher à l’âge légal de départ en retraite ?

Je pense qu’il y a une pression politique d’une partie des partenaires sociaux, relayée par le COR, pour amener Emmanuel Macron à en remettre une louche sur l’allongement de la durée de vie au travail, baisser les taux de remplacement et des pensions, etc.

Pour vous, aujourd’hui, il n’y a pas besoin de réformes supplémentaires ?

Le principal problème des réformes, c’est qu’elles sont déjà allées très loin. Aujourd’hui, le stock de retraités vit relativement bien en France, mais les règles qui ont été fixées pour le futur, – et ça commence déjà à se voir – font que le niveau de vie des retraités sera beaucoup abaissé par rapport à aujourd’hui. La question qui va se poser très rapidement en fait, c’est est-ce qu’on ne va pas assister à une hausse très sensible du taux de pauvreté chez les seniors.

Recueilli par Olivier Auradou dans  "La gazette du midi" du 21 juin

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