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Publié par SUPAP-FSU

Madame la présidente,

 

Je ne reviendrai pas dans cette déclaration sur les restrictions budgétaires quasi générales à la Ville de Paris et notamment à la DASCO qui ont des conséquences sur la qualité de notre service public (absence de formations diplômantes pour les animateurs, refus de mise en place d’un RPA par école) mais aussi sur les conditions de rémunération des agents (prime animateur lecture indécente, perte indemnitaire pour les REV devenant CTAE donc supérieur des REV, milliers d’agents contractuels ou vacataires vivant sous le seuil de pauvreté, par exemple).

 

Je souhaitais vous alerter sur le fond et la forme d’un document intitulé « Quelles attitudes face à une infraction » diffusé à des centaines d’encadrants de la DASCO.

 

Notre organisation syndicale est pour le moins surprise de voir une fiche réflexe « constat de radicalisation d’un agent » entre deux fiches réflexes « violences sexuelles envers un enfant » et « violences physiques et /ou psychologiques envers un enfant ». Nous ne voyons, en effet, pas trop de rapports entre radicalisation et enfance en danger !

 

Si nous sommes bien évidemment soucieux de l’application de l’article 40 du code de procédure pénal par les agents de la Ville, notre syndicat a dénoncé au niveau central la création d’une boite mail incitant à signaler/dénoncer les collègues dont nous constaterions des changements d’attitudes, vestimentaires ou alimentaires. Nous considérons que c’est une dérive de notre administration.

 

Dérive d’autant plus grave que les exemples donnés dans ce document DASCO ciblent de manière frontale nos collègues musulmans : voile intégral, port de djellabas, port de barbe (qui ne fait visiblement pas référence aux hipster), interdits alimentaires étendus à l’entourage (qui ne fait pas référence à des militants végétariens), etc etc…

 

Cette radicalisation de la Ville nous inquiète, et ce sentiment s’accentue encore quand nous lisons dans le chapitre « entretien d’un agent mis en cause », le conseil donné de s’assurer avant de ne rien laisser sur le bureau qui pourrait être utilisé comme une arme, citant la paire de ciseaux pour exemple !

 

De Responsable éducatifs ou coordinateurs de l’action éducative, nous avons vraiment l’impression de nous transformer en agents de police judiciaire. Bonjour l’ambiance dans les services et les écoles si nous sommes à ce point incités à suspecter et nous méfier de nos collègues.

 

Je souhaitais, par ailleurs m’attarder sur la première partie de ce document traitant des violences sexuelles envers les enfants. Le principe de précaution poussé à l'extrême fait que toute parole d'enfants portant accusations, sur un agent, de violence sexuelle a pour conséquence la suspension de l’agent le temps de l’enquête administrative.

 

Cela se comprend aisément compte tenu de la potentielle gravité des faits et de la cinquantaine de cas de violences sexuelles, réelles ou supposées, identifiées à la Dasco en une année.

 

Nous notons tout de même l'évolution radicale en quelques années sur ces questions. La prise en compte de la parole de l’enfant, trop longtemps ignorée est une bonne chose, mais ce système de précaution systématique a, revers de la médaille, parfois des conséquences dramatiques pour des collègues dont la carrière est brisée alors même que blanchis suite à plusieurs mois d'enquêtes et suspension.

 

Le paradoxe que je souhaitais pointer est la gravissime légèreté dont fait preuve la ville sur la question de l’absence de professionnels formés pour assurer l'hygiène des enfants en maternelle sur certains temps péri et extrascolaires depuis 4 ans.

 

Sans revenir ici sur les difficultés organisationnelles et pédagogique que nous avons maintes fois signalées, ni le bricolage dans chaque école (change des enfants assuré par un agent volontaire et disponible, Animateur, Asem, REV, selon les cas), je veux parler de cette question fondamentale sous l'angle de l’enfance en danger.

 

Rappelons qu’avant la réforme de l’ARE, il était préconisé de ne jamais être seul dans une pièce avec un enfant et de laisser la porte ouverte dans un local servant d'infirmerie pour donner un soin de base comme la pose d'un pansement au doigt. Aujourd’hui encore, pour protéger les personnels, il est fortement conseillé de ne pas prendre d’enfants sur les genoux, y compris lorsqu’il s’agit de petits de 2 à 3 ans, en demande d’affection, qu’il faut alors habilement repousser.

 

En revanche, lorsqu’il s’agit de déshabiller et de nettoyer un enfant qui s’est souillé, ces précautions ne s’appliquent plus ! Ce sont plus de 10000 animateurs titulaires, contractuels, vacataires ou ASEM qui peuvent être amenés, selon les circonstances, à se retrouver seuls dans une pièce avec un enfant nu.

 

Compte tenu du lourd contexte que je viens de décrire, nous déplorons que la ville de Paris mette en danger à la fois ses personnels et les enfants accueillis dans nos services, et ce exclusivement pour des raisons financières.

 

Mise en danger potentielle de milliers d'agents pouvant être accusé à tort de violences sexuelles dans le cadre du change qui est un acte intime demandant formation.

 

Mise en danger potentielle de dizaines de milliers d'enfants pouvant être amenés à subir des violences inacceptables de la part de prédateurs sexuels dans ce cadre.

 

La logique de restriction budgétaire généralisée doit avoir des limites lorsqu'elle a pour conséquence de pouvoir porter gravement atteinte aux agents et usagers de notre service public.

 

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La réaction de Mme Cordebard n’a pas été à la hauteur selon notre syndicat. Il n’y a pas eu d’espace de dialogue suite à notre intervention. L’élue s’est déclarée « choquée, profondément choquée ». Pas par la situation que nous dénoncions, mais par notre déclaration !!!

 

Dans un premier temps l’élue a cru bon d’indiquer que la Ville de Paris avait été durement frappée par les terroristes, et qu’il fallait bien que nous le prenions en compte. Nous ne contestons évidemment pas ce point, mais la manière dont la Ville de Paris envisage cette question, en stigmatisant des collègues musulmans n’ayant aucun rapport avec les organisations terroristes, nous semble pour le moins inadaptée.

 

Sur la question de la mise en danger des personnels et des enfants quant à l’hygiène des enfants de maternelle, Mme Cordebard ne voit pas de lien entre l’absence d’agents formés et dédiés à ces missions et les risques que nous signalons ! Ah bon, pas un peu langue de bois comme réponse !

 

Le SUPAP-FSU renouvelle son inquiétude devant ces dérives de notre employeur. Nous sommes, notamment, farouchement opposés aux responsabilités données aux REV dans le document «Quelles attitudes face à une infraction». Les procédures mentionnées (recueil de la parole de l’enfant, procédure pour conserver les preuves) nous paraissent complètement inappropriées. Le protocole décrit correspond en effet en partie à un entretien médico-social et en second lieu à une enquête de Police. La conservation des preuves ne peut pas être à la charge des professionnels des écoles. C’est une mission qui incombe aux services de Police. En cas d’abus sexuels, une assistante sociale n’effectue pas l’entretien avec l’enfant, dévolu à la brigade des mineurs !

 

Nous demandons que ce document soit retiré, et l’ensemble des procédures revues.

Le document de la DASCO "Quelles attitudes face à une infraction"

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