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Publié par SUPAP-FSU

Enterrement de six Centres de Ressources Centraux prévu pour le 31 décembre 2018 

Une présentation a été faite le 12 octobre 2018 par l'administration aux organisations syndicales, de choix d'évolution déterminants pour les actuels Centres de Ressources Centraux.

Cela fait suite à des concertations où il n'est pas exclu de penser que les bonnes intentions ont masqué des orientations déjà bien établies.

L'objectif de la DASCO est de donner de la consistance à l'École des métiers en recentrant et articulant l'existant en termes de formations et ressources. Cette dynamique est l'occasion de questionner, voire d'améliorer ce qui est actuellement en place. Rien que de très légitime.

Pour ce faire, concernant les Centres de Ressources Centraux, des consultations ont eu lieu et ont abouti à la fermeture de 6 Centres de Ressources sur 9.

Sont épargnés :

-Le Centre Paris-Lecture en raison de son partenariat avec l’Éducation Nationale,

-La Cinémathèque Robert Lynen en raison de ses missions spécifiques, 

-Le Centre de Ressource Enfance Handicapée qui évolue en Mission Éducation Inclusive, avec 3 postes en A, 1 poste en B et 2 en C. La Mission sera rattachée directement à la Sous-Directrice de la Politique Éducative, pour mener des missions transversales aux différents bureaux de la SDPE.

Disparaîtront, le 31 décembre 2018, les centres 

citoyenneté, environnement, goût, multimédia, musique, sciences

En remplacement, un pôle « Enjeux Éducatifs Contemporains » sera créé, adossé à l'école des métiers de la DASCO.

Les actuels agents de catégorie C (AAAS) des Centres de Ressources Centraux seront nommés (pour ceux et celles qui acceptent les nouvelles missions) Animateurs-Animatrices ressources. Ils.elles proposeront un accompagnement méthodologique dans le cadre de projets impulsés en centrale ou par une ou plusieurs Circonscriptions des Affaires Scolaires et de la Petite Enfance.

Ces agents devront, à priori être en capacité de s'adapter à n'importe quels types de demandes et de contenus. Finies les spécificités et l'expertise, acquises après plusieurs années d’un long travail de recherches et d’expérimentations pédagogiques sur le terrain, auprès des équipes d’animation et des enfants !

L’intervention via des ateliers-ressources d’animation, auprès des équipes et des enfants, ateliers très appréciés depuis de nombreuses années par le terrain, disparaîtra.

Nous espérons que cela ne sera pas l'occasion unique de projets vitrines auxquels les Centres de Loisirs devront répondre dans la joie et la bonne volonté...

Que vont devenir les agents travaillant actuellement sur ces dispositifs ?

Les actuels agents de catégorie C (AAAS) des Centres de Ressources Centraux auront la possibilité de postuler sur un poste d’animateurs-animatrices ressources au sein du pôle Enjeux Éducatifs Contemporains. L’école des métiers de la DASCO propose également à ces agents 2 postes de gestionnaire de formation.

Les actuels agents de catégorie B (S.A) des Centres de Ressources Centraux auront la possibilité de postuler sur les 4 postes devant compléter l’actuelle équipe du BFI (qui prendra le nom d’École des Métiers de la DASCO). Le pôle Enjeux Éducatifs Contemporains propose également à ces agents 1 poste (Responsable du pôle). Les missions, bien que présentées comme orientées vers de l’ingénierie de formation, comporteront pour l’essentiel des tâches administratives.

Bien que les agents aient été informés collectivement et reçus individuellement, beaucoup d'entre eux.elles vivent difficilement cette situation et s'inquiètent, à juste titre, de leur avenir professionnel et de la prise en considération de leurs savoir-faire et compétences, acquis après de longues années et pleinement reconnus sur le terrain.

Ils déplorent par ailleurs qu’une étude plus attentive de leurs ressources, constituées sur de longues années, n’ait pas été pleinement intégrée dans la nouvelle architecture proposée par la DASCO. Une lecture attentive des bilans annuels des Centres de Ressources Centraux aurait permis de constater la reconnaissance par le terrain de l’efficience des ateliers et des formations proposées.

Quant aux 9 vacataires qui intervenaient pour les Centres de Ressources Centraux, il était prévu une fin de décision de travail pour le 31 décembre 2018 ! Suite à l'alerte donnée par notre syndicat auprès de la DASCO, au sujet de ces collègues à l’expertise et aux compétences reconnues par tous, ceux-ci ont été reçus individuellement et pourront intégrer une CASPE pour ceux qui le souhaitent. C’est bien le minimum pour ces collègues qui travaillent à temps plein depuis des années !

Et les enfants dans tout cela ?

Difficile de savoir s'ils retrouveront la même offre d'espaces et dispositifs adaptés et le même accompagnement d'experts …

Un des arguments de la DASCO est que des apports de cette sorte (spécifiques) sont actuellement apportés par le PEDT avec les activités proposées lors des TAP notamment par les partenaires extérieurs (associations, conservatoires...).

Si cela est peut-être exact pour les élémentaires qui bénéficient de propositions nombreuses et variées c'est loin d'être la réalité en maternelle. Cet argument est par ailleurs fort peu recevable pour une autre raison : les TAP et les temps Centres de Loisirs se déroulent dans des contextes fort différents : les TAP sont des temps fragmentés au contraire des temps de Centre de Loisirs. Il est bien plus difficile, dans des temps courts et isolés, d'articuler contenus et démarches dans un objectif de faire société ensemble, ce qui est un des fondements de l'Éducation Populaire. Au contraire, la grande chance et force des Centres de Loisirs est de proposer la pratique d'activités à travers un projet global. Les apports spécifiques apportés par les Centres de Ressources centraux sur ces temps-là offraient la perspective de prolongements conséquents. Pour les enfants, pour les animateurs-animatrices.

Des constats qui auraient pu être mis en perspective autrement

Trois autres arguments ont été avancés par la DASCO :

-La proposition de thématiques pointues ne correspond plus aux attentes actuelles.

On a beau se questionner, pour chacun des 6 centres, les problématiques proposées semblent importantes si ce n'est fondamentales. Nous ne développerons pas ici, pour chacune d'entre elles, l'argumentaire exposant leur légitimité dans le cadre éducatif de l'animation, nous restons convaincus qu'elles répondent à des questionnements, attentes et demandes fondées  et qu'elles laisseront un vide que l'ingénierie de formation annoncée comme un sésame vers  des pratiques plus appropriées aura bien du mal à combler.

-Les dispositifs proposés par les Centres de Ressources Centraux  ne permettent pas suffisamment la mise en place d'une dynamique de projet avec appropriation de démarche par les animateurs et animatrices qui les fréquentent. Autrement formulé : des situations qui génèrent de la passivité.

Qu'il faille questionner et améliorer ces dispositifs est important et aurait pu faire l'objet d'un groupe de travail et pourquoi pas la création d'un « pôle expertise, contenus, démarches et transmissions ». Le démantèlement pur et simple nous semble un gâchis et illustre une fois de plus la non reconnaissance de l'animation en tant que métier avec des compétences liées à l'expérience et l'expertise au contact et au service des enfants.

-Lors des concertations, le constat aurait été fait que ces centres fonctionnaient avec un réseau restreint d'animateurs et animatrices : « toujours les mêmes ».

En dehors du fait que cet argument ne repose sur aucune réalité chiffrée (toutes les CASPE ont fait appel de près ou de loin aux 9 Centres de Ressources Centraux durant de nombreuses années), quid de la circulation de l'information ? De l'impulsion donnée par tous et toutes, de la curiosité et de l'implication des équipes et des animateurs et animatrices ?

S'il existe une inadéquation, un manque ou une défaillance, sont-ils à imputer uniquement aux Centres de Ressources Centraux ?

Une politique éducative digne de ce nom se doit de reconnaître

l'animation comme un vrai métier

La mission des Centres de Ressources Centraux était bien, d'une part, d'apporter une contribution spécifique et un accompagnement des projets des Centres de Loisirs, en répondant à leurs besoins et leurs attentes, à l'aide d'outils et de propositions méthodologiques adaptées, et d'autre part d'impulser des dynamiques nouvelles.

Être en capacité d'aller chercher les ressources nécessaires, de se mettre en relation avec les partenaires adéquats pour réaliser un projet relève de l'équipe du Centre de Loisirs : animateurs, animatrices, REV. Exploiter ses apports, les faire vivre, permettre aux enfants d'en bénéficier, également. Si le constat est qu'actuellement ce n'est pas le cas, alors il faut se questionner sur ce qui fait défaut.

Plusieurs hypothèses sont possibles :

-Formations initiales et continues des animateurs et animatrices insuffisantes ou inadéquates

Nous réclamons l’accès au BPJEPS et DEJEPS comme condition d'exercice du métier.

-Absence de temps de préparation rémunéré.

Nous demandons une prise en considération de la nécessité de disposer de temps pour réfléchir, se documenter, échanger et préparer.

-Contraintes administratives chronophages pour les REV et manque de temps pour un réel travail de réflexion et d'accompagnement des projets et des équipes. Idem pour les CTAE qui pourraient être des éléments centraux dans la mise en place et l'étayage de dynamique de projets.

-Nous demandons que l'acte d'animer soit au cœur de nos préoccupations à tous les niveaux d'implication et ne disparaisse pas derrière une surenchère administrative.

Des éléments d'analyse pour une mise en perspective :

L'actuel PEDT se terminera à la fin de l'année scolaire 2018/2019, une prorogation d'un an permettra de ne rien modifier l'année des élections municipales. Il est fort probable que la Ville de Paris, qui devait servir d'exemple et de locomotive pour les autres communes, se mette ensuite au diapason de la quasi-totalité de toutes celles qui sont retournées à la semaine de 4 jours : risible retournement de situation !

Elle adoptera très probablement « le plan mercredi » initié par l’actuel ministre de l’Éducation Nationale. Ce plan prévoit un PEDT avec transfert du dispositif des TAP des mardis et vendredis vers les mercredis.

Ce transfert signifie notamment que des intervenant.e.s extérieur.e.s pourront être présents sur les temps du mercredi (http://www.education.gouv.fr/cid131930/plan-mercredi-une-ambition-educative-pour-tous-les-enfants.html)

Au regard de notre sujet est-ce un heureux hasard ou une habile projection ?

En tout cas dans ce nouveau monde « l'expertise » pourra être assurée par des partenaires extérieurs. Les Animateurs Ressources du pôle enjeux éducatifs contemporains pourront coordonner les projets impulsés par les CASPE et les Animateurs et Animatrices sur les Centres de Loisirs… S'occuper des temps de vie quotidienne, des temps informels, des passations, des convoyages...

Depuis le temps qu'on vous dit que l'animation n'est pas un métier !

Un métier vous n'y pensez pas ! Des diplômes vous n'y pensez pas ! Et aussi la reconnaissance de la valeur professionnelle, de l’expérience et de l'expertise !

Oui, citons encore une fois la reconnaissance de l'expertise des animateurs, animatrices des espaces lecture, on ne sait plus bien s'il faut en rire ou en pleurer avec cette prime mensuelle dérisoire de 34,39 euros !

En articulant tous ces éléments on constate que développer des compétences en travaillant avec des enfants n'est pas digne d'une vraie reconnaissance.

L’accès à la catégorie B via le poste de REV valorise de plus en plus des compétences de gestion administrative et de management. Et pour ceux.celles, expert.e.s, capables d'intervenir auprès d'enfants en ateliers et d'adultes en formation comme le sont les animateurs des Centres de Ressources Centraux, ils deviendront désormais des spécialistes en ingénierie de formation. Prendre de la distance dans le contact direct avec les enfants devient de manière de plus en plus explicite le signe d'une progression et reconnaissance professionnelle ou, dit autrement, pas de progression de carrière possible quand on développe des compétences dans l'acte même d'animer.

Les enfants ne méritent-ils pas d'être accompagné.e.s par du personnel formé, aux qualifications reconnues et valorisées, riche de savoir-faire et de savoir-être ?

Si bien sûr ! Mais seulement si les intervenants sont des acteurs extérieurs, non, s'ils sont des agents de la fonction publique.

Pour  conclure

L'animation qui permet l'accompagnement des enfants à travers l'articulation entre des temps de vie quotidienne, des temps informels, des temps d'activités menés dans le cadre de projets ambitieux et ce dans une perspective de vivre et faire société ensemble en élaborant du sens et de la cohésion, pourrait se trouver confrontée à une vision réductrice et dangereuse qui amoindrirait son champ d'action pourtant essentiel.

Ce champ d'action est celui d'un territoire qui n'est pas de l'ordre des apprentissages que délivre l'école, qui n'est pas de l'ordre de l'expertise que délivre conservatoires et associations sportives, mais celui si difficile à circonscrire et définir, qui allie épanouissement personnel et projet collectif dans une dimension citoyenne fondamentale.

À travers le traitement de ce dossier, les signes donnés sont loin d'être rassurants. Soit il s'agit d'une vision administrative, réductrice et maladroite et c'est fort dommage pour les enfants et les personnels, soit il s'agit d'un choix politique et nous avons là toutes les raisons de nous inquiéter pour la qualité d'un Service Public dont nous attendons bien mieux pour ses usagers et ses personnels.

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