DFPE : Déclaration du SUPAP FSU au F3SCT du 4 Juin 2026
En tant que nouvelle élue à la petite enfance, Mme BOUX, nous vous souhaitons la bienvenue à la DFPE. Votre mandat s’annonce particulièrement difficile tant les difficultés au sein de notre direction sont nombreuses et profondes.
Les agentes et agents sur le terrain font face depuis longtemps à une dégradation importante de leurs conditions de travail : manque d’effectifs, épuisement professionnel, perte de sens, difficultés de remplacement…
Le chantier qui s’ouvre est immense. Il nécessitera une écoute réelle des personnels, des engagements politiques, des actions concrètes et des moyens à la hauteur des besoins.
Il nous semble important de dresser un rapide état des lieux de notre direction et de vous faire part des sujets qui nous paraissent aujourd’hui prioritaires pour améliorer les conditions de travail des agent.es et redonner du sens à nos métiers.
Dans un premier temps nous souhaitons exprimer nos préoccupations concernant l’évolution du fonctionnement de cette instance. Les sujets inscrits à l’ordre du jour sont de moins en moins nombreux et, surtout, de moins en moins en lien avec les réalités vécues et les difficultés rencontrées par les personnels sur le terrain. Les sujets de fond ne sont pas abordés.
Les propositions formulées par les organisations syndicales pour inscrire des sujets à l’ordre du jour ne sont jamais retenues. Les thèmes abordés sont choisis par l’administration, et portent essentiellement sur des sujets réglementaires.
Dans un second temps, nous voulons attirer votre attention sur les ratios de sécurité, A la DFPE ils ne sont pas respectés tous au long de la journée, ni dans chaque espace. Nous vous redemandons, qu’ils soient respectés comme le prévoit le décret.
Nous demandons également que les ATEPE ne soient pas comptabilisé.e.s dans les ratios de sécurité, pour des remplacements ponctuels. Elles, ils ont été recruté.e.s pour assurer des missions de cuisine, lingère et entretien et non pour intervenir auprès des enfants. Elles, ils ne peuvent donc pas être compté.e.s dans le calcul des taux d’encadrement.
Ensuite, nous souhaitons vous alerter sur les conditions de travail des ATEPE, notamment en cuisine, qui se dégradent fortement et deviennent aujourd’hui particulièrement préoccupantes.
Nous demandons la mise en place d’un véritable ratio d’encadrement pour les ATEPE en cuisine, avec un minimum d’un.e professionnel.le pour 15 enfants. Au-delà de ce ratio, les ATEPE n’ont pas à assurer la préparation des repas, tant la charge de travail devient incompatible avec des conditions de travail acceptables et avec une qualité de service satisfaisante.
Nous demandons également que les ATEPE disposent de davantage d’autonomie dans les commandes et dans la réalisation des repas, afin de redonner du sens à leur métier et de reconnaître pleinement leurs compétences professionnelles.
Depuis la période du COVID la DFPE a fait le choix contre l’avis du SUPAP-FSU de modifier les horaires d’ouverture des crèches passant de 7h30 à 8h. Les ATEPE disposent désormais de 30 minutes de moins pour préparer les repas. Là où elles avaient auparavant 3h30 le matin — un temps déjà insuffisant — elles ne disposent plus aujourd’hui que de 3 heures.
Cette réduction du temps de préparation engendre une pression et un stress considérables pour les professionnel.les, contraintes de travailler dans l’urgence permanente pour réussir à assurer l’ensemble des tâches demandées.
Ensuite nous voulons porter à votre connaissance les changements d’horaires inopinés que vivent les agent.es dans les EAPE. Ils sont de plus en plus fréquents et ont un impact très important sur la conciliation vie privée /vie professionnelle. Ces changements engendrent une importante augmentation de la charge mentale ainsi que beaucoup d’angoisse notamment pour les familles monoparentales. Pour ces agentes, cela occasionne un coût supplémentaire que beaucoup ne peuvent pas se permettre ainsi que des contraintes organisationnelles complexes.
Nous demandons au sujet de ces changements d’horaires qu’un protocole clair soit mis en place à la DFPE, à l’image de ce qui existe pour les congés.
Dans ce protocole, nous demandons que soit inscrit un délai de 72h en dessous duquel il n’est plus possible de changer d’horaire. Ainsi que des plannings horaires à l’année pour permettre la prise de rdv et l’organisation personnelle.
Nous demandons donc qu’un cadre clair soit instauré, limitant les changements d’horaires dans des délais raisonnables, afin de garantir une meilleure prévisibilité des plannings et de préserver l’équilibre de vie des personnels.
Au vu de l’ensemble de ces difficultés, nous demandons que la pénibilité au sein de notre direction soit enfin réévaluée à sa juste valeur.
Les agentes et agents de la DFPE sont confronté.e.s quotidiennement à une charge de travail importante, à des risques psychosociaux grandissants, à l’épuisement professionnel, au manque d’effectifs et à des conditions de travail qui se dégradent continuellement. Pourtant, cette réalité reste encore insuffisamment reconnue.
Nous demandons donc que la pénibilité dans notre direction soit réévaluée de manière équitable, à la hauteur de ce qui existe dans d’autres directions, souvent plus masculines, où la reconnaissance de la pénibilité apparaît aujourd’hui davantage prise en compte.
Les métiers de la petite enfance, fortement féminisés, ne doivent plus être invisibilisés ni sous-estimés dans l’évaluation des contraintes physiques, psychologiques et émotionnelles qu’ils impliquent au quotidien.
Les révélations de violences physiques et sexuelles ayant concernées certains établissements relevant de la DASCO ont suscité une vive émotion auprès des familles, des professionnel.es et de l'ensemble des agent.e.s travaillant au contact des enfants.
Au sein de la DFPE, ces événements ont eu des répercussions sur les conditions de travail des agents.
Nous dénonçons le fait que l'administration ait fait le choix de mettre en place un protocole de sanctions avant même d'engager un véritable travail de prévention et d'accompagnement des agent.e.s.
Si la nécessité de traiter avec la plus grande fermeté toute situation de violence ou de maltraitance ne fait aucun débat, nous considérons qu'une politique de prévention ne peut se résumer à un dispositif répressif. Or, les agents ont d'abord besoin d'être informés, formés, accompagnés et soutenus dans leurs pratiques professionnelles.
En privilégiant une logique de sanction avant une logique de prévention, l'administration envoie un signal particulièrement inquiétant aux équipes. Dans le contexte actuel, cela contribue à renforcer un climat d'anxiété et de méfiance chez des professionnels qui exercent déjà leurs missions sous une forte pression.
Nous rappelons que la prévention des risques professionnels, la qualité du service rendu aux enfants et la protection des agent.e.s passent avant tout par la construction d'un cadre de travail clair, partagé et sécurisant. La sanction ne peut intervenir qu'en complément d'une véritable politique de prévention et non s'y substituer.
Enfin, nous demandons que la parole des agents lorsqu’ils dénoncent des faits, soient autant pris en compte qu’elles que soient les auteurs des violences. Nous constatons que lorsqu’un professionnel commet un acte de violence dans l’exercice de ses fonctions, les faits sont immédiatement pris au sérieux et des sanctions sont rapidement mises en œuvre, ce qui est légitime. En revanche, lorsque ces mêmes professionnel.les signalent des suspicions de maltraitance, de violences psychologiques, de violences physiques ou encore de violences sexuelles sur des enfants au sein de leur environnement familial, leur parole est trop souvent minimisée, remise en question ou insuffisamment prise en compte. Nous vous rappelons que l’une de nos missions est la prévention.
Cette situation participe fortement à la perte de sens de nos métiers. Nous avons de plus en plus le sentiment d’être réduit.es à un rôle d’exécutant.es, alors même que notre expérience, nos observations quotidiennes et notre connaissance fine des enfants devraient être considérées comme des ressources essentielles dans l’évaluation des situations préoccupantes.
Cette remise en cause croissante de la parole des professionnel.les est d’autant plus préoccupante que les métiers de la petite enfance occupent une place unique dans la protection des enfants. En accompagnant quotidiennement des enfants âgés de 0 à 3 ans, nous sommes parmi les seul.es professionnel.les à pouvoir observer leur développement global et leur état physique et psychique de manière régulière, à pouvoir repérer certaines traces de violences, des changements de comportement ou des signes de souffrance qui risquent ensuite de ne plus être visibles ou observables dans les mêmes conditions.
Notre proximité avec les enfants nous confère une responsabilité particulière dans le repérage des situations de danger. C’est pourquoi il est indispensable que les signalements effectués par les professionnels de la petite enfance soient pleinement entendus, pris en considération et suivis d’actions adaptées. La protection et la mise en sécurité des enfants doivent demeurer une priorité absolue, et cela passe nécessairement par la reconnaissance de l’expertise de celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.
Nous demandons à l'administration de mettre en œuvre un véritable plan d'action pour les agent.es comprenant notamment :
- Des temps d'échanges quotidiens hors de la présence des enfants sur les pratiques professionnelles
- Des formations qui apportent des outils concrets aux professionnel.les dans leurs pratiques quotidiennes pour garantir leur sécurité.
- Un accompagnement des agent.es et des équipes confrontées à ces situations
- Un protocole clair et détaillé sur les pratiques de soin apportés aux enfants, dans lequel serait inscrit qu’un.e agent.e ne doit jamais être seul.e.
- Des formations sur les signaux d’alerte permettant d’identifier d’éventuelles violences pour tout.es les agent.es, AP, APE, EJE.
- Des formations pour signaler des maltraitances ou violences sur enfants pour tout.es les agent.es AP, APE, EJE
Nous sollicitons enfin la présentation en FS-SSCT d'un état des lieux des actions engagées et des mesures envisagées.