Enseignants vacataires des conservatoires : lettre ouverte au maire de Paris
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Paris, le 22 juin 2026
Monsieur le Maire de Paris, Madame la Directrice,
Nous souhaitons vous interpeller sur la situation des enseignants artistiques exerçant dans l’ensemble des conservatoires municipaux d’arrondissement (CMA) ainsi qu’au Conservatoire à rayonnement régional (CRR) de la Ville de Paris.
Le recours aux enseignants vacataires y est particulièrement important. Un article publié dans La Lettre du Musicien le 5 mai 2026 fournissait des chiffres précis : sur les 2 024 enseignants artistiques employés dans les 17 CMA et au CRR, 1 024 sont vacataires, soit plus de la moitié des effectifs enseignants. Or, ces postes correspondent manifestement à des besoins permanents de service et ne devraient donc pas être pourvus sous le statut de vacataire. En conséquence, le recours à la vacation pour ces emplois est illégal. Cette situation perdure depuis de nombreuses années. Ce recours abusif à la vacation témoigne de l’impunité qui règne dans les collectivités sur l’application de la réglementation et du code de la fonction publique territoriale. L’an dernier la Ville a été condamnée suite à l’emploi illégal de vacataires sur des postes permanents.
Le niveau de précarité de ces enseignants est intolérable. Les conséquences les privent de droits fondamentaux comme le droit à la formation, les congés maternité, les congés payés. Ils ne peuvent bénéficier des primes accordées aux titulaires et aux contractuels et leur évolution de carrière est impossible. L’absence de garantie quant au renouvellement de leur contrat d’une année sur l’autre place ces enseignants dans une situation de précarité permanente. Il leur est dès lors extrêmement difficile de se projeter dans l’avenir ou de mener à bien des projets personnels.
La réputation et l’excellence des conservatoires parisiens sont reconnues bien au-delà de la capitale. Elles reposent largement sur le professionnalisme, l’investissement et le très haut niveau de qualification des enseignants. Pourtant, ces compétences et cet engagement exemplaire demeurent insuffisamment reconnus et valorisés par la ville de Paris. Les projets pédagogiques sont aussi mis à mal par ce fonctionnement basé sur des emplois en tension au vue des conditions de travail. La rémunération des vacataires est encore plus injuste pour les PEA (professeur d’enseignement artistique) qui ne fait aucune différence entre les deux cadres d’emploi.
Une grande part de ces vacataires sont aussi artistes interprètes. Ils ouvrent des droits à l’annexe 10 de l’assurance chômage s’ils sont à temps incomplets et deviennent intermittents du spectacle. Tous ces vacataires/ intermittents vivent de véritables violences administratives. France Travail leur demande régulièrement des trop perçus et ils attendent des mois pour être indemnisé au moment de leur renouvellement à leur date anniversaire. Nous demandons à ce que le mois indiqué sur leur fiche de paie corresponde aux mois des heures effectuées sur ce bulletin et la délivrance de leur attestation de fin d’emploi dans des délais raisonnables.
Le SNAM-CGT et les syndicats de la Ville de Paris signataires de cette lettre demandent la contractualisation de tous les enseignants artistiques qui en font la demande. Cette contractualisation doit s’accompagner d’un classement à l’échelon correspondant à l’ancienneté réellement acquise par chaque enseignant dans ses fonctions. La prise en compte de cette ancienneté constitue un minimum au regard des préjudices subis pendant de nombreuses années du fait de leur maintien dans une situation précaire.
Les enseignants artistiques, exclus du dispositif RIFSEEP, doivent percevoir aujourd’hui pour régime indemnitaire l’Indemnité de Suivi et d’Orientation des Élèves (ISOE), par analogie avec les professeurs certifiés de l’Éducation nationale. Cette indemnité a été instituée par le décret n°93‑55 du 15 janvier 1993 et elle comprend deux parts – l’une fixe, l’autre variable – dont les montants sont fixés par arrêté. Depuis le 1er septembre 2023, la part fixe de l’ISOE a été fixée à 2 550 € bruts annuels, soit 212,50 € mensuels. Aucun enseignant artistique contractuel des conservatoires parisiens ne reçoit cette indemnité. Le coût de la vie à Paris est pourtant le plus élevé du pays.
Alors qu'ils assurent un service public indispensable, celui de l'enseignement des arts accessible à toutes et à tous, les enseignants artistiques subissent une rémunération notoirement inférieure à leur niveau de qualification (de BAC+ 3 à BAC + 5). Leur régime indemnitaire est en outre l’un des plus faible de la fonction publique. Le versement de l’ISOE aux enseignants constitue une étape indispensable vers la reconnaissance de leur engagement et de leur valeur professionnelle.
Les syndicats signataires de cette lettre demandent que le versement de la part fixe de l’ISOE à hauteur de 100 % pour les enseignants contractuels soit inscrit à l’ordre du jour d’un prochain Conseil de Paris. Une délibération doit adopter la décision de l’attribution de cette indemnité à l’ensemble des enseignants artistiques, qu’ils soient titulaires ou contractuels, conformément aux dispositions prévues par les textes réglementaires en vigueur.
La majorité des enseignants ont des contrats à temps incomplets. Ils travaillent dans plusieurs conservatoires parisiens, non parisiens, en écoles associatives et ont des activités importantes d’artiste interprète. Les musiciens sont souvent ceux qui cumulent le plus d’emploi. Lorsqu’ils souhaitent s’inscrire sur une liste d’aptitude, ils doivent choisir entre la ville de Paris et la fonction publique territoriale. Cela créé des situations intenables. C’est pourquoi nous demandons une dérogation pour les enseignants artistiques afin qu’ils puissent s’inscrire sur les deux listes. Cette dérogation permettrait de régler un bon nombre de situation. Nous sommes naturellement disposés à échanger sur les modalités et les conditions qui pourraient encadrer cette double inscription.
Nous profitons également de ce courrier pour vous alerter sur la situation des accompagnateurs. A ce jour, aucun poste dans cette discipline n’est ouvert, ce qui prive ces enseignants de toute perspective réelle d’évolution de carrière. Il est indispensable d’y remédier par l’organisation d’un concours et l’ouverture de postes PEA accompagnateur.
Le syndicat SNAM-CGT, et les syndicats de la Ville de Paris : CGT SSCAAT, SUPAP-FSU, FO, UCP, UNSA revendiquent :
- Une attention particulière sur les demandes de document administratif lié à la paie des vacataires : fiche de paie mensuelle avec des heures effectuées en cohérence avec son intitulé.
- La contractualisation de tous les enseignants artistiques qui en font la demande avec la reprise d’ancienneté de leur vacation.
- Le versement de la part fixe de l’ISOE à hauteur de 100 % pour les vacataires et les contractuels, inscription de l’ISOE à l’ordre du jour d’un prochain Conseil de Paris.
- Une dérogation pour les enseignants artistiques afin qu’ils puissent s’inscrire sur les deux listes d’aptitude (ville de Paris et FPT).
Dans l’attente de votre réponse et d’une action rapide face à cette situation, nous vous prions prie d’agréer, Monsieur le Maire, Madame la Directrice, l’expression de nos salutations respectueuses.
Karine Huet - Secrétaire générale du Snam Idf – contact@snamidf-cgt.org
La section DAC de CGT SSCAAT Ville de Paris –- syndicat-cgt-dac@paris.fr
La section DAC du SUPAP-FSU Ville de Paris – syndicat-supap-dac@paris.fr
Le syndicat FO, Ville de Paris – syndicat-fo@paris.fr
Le syndicat UCP, Ville de Paris – syndicat-ucp@paris.fr
Le syndicat UNSA, Ville de Paris – syndicat-unsa@paris.fr